Consommation des ménages en hausse et confiance des industrielsPar Alexander Law, chef économiste Xerfi.
CONSOMMATION DES MENAGES (Juin 2009)
C’est à n’en pas douter un très bon chiffre. La consommation des ménages en produits manufacturés s’est accrue de 1,4% sur un mois en juin, permettant même au glissement annuel de revenir en territoire positif à +1,2% (à ce sujet rappelons tout de même que juin 2008, en pleine phase inflationniste avait été particulièrement maussade). La performance est d’autant plus remarquable qu’elle s’est faite sans l’aide de l’automobile : les dépenses pour ce poste se sont en effet rétractées de 0,2%. Au total, sur l’ensemble du deuxième trimestre, les achats des ménages ont augmenté de 0,7%, ce qui représente la meilleure performance depuis la fin 2007. Ces données confirment en tout cas notre scénario pour la croissance économique en T2 : la consommation a certainement résisté (même si la progression d’ensemble sera bien plus limitée que celle enregistrée pour les seuls biens manufacturés), mais ce sera insuffisant pour empêcher une baisse du PIB sur l’ensemble du trimestre. Toutefois, ce repli sera bien plus limité qu’en T1. La progression la plus importante est à mettre au crédit du textile-cuir qui enregistre une augmentation de 3,6% d’un mois sur l’autre en juin. Le glissement annuel reste toutefois légèrement inférieur à zéro, signalant combien la conjoncture reste difficile et incertaine. Il s’agit ici d’un poste de dépenses extrêmement volatile et lié aux arbitrages des ménages. La tendance récente est à celle d’un regroupement des achats dans le temps. Finis les achats coup de cœur au gré des envies – désormais, les consommateurs profitent des promotions et soldes pour reconstituer leur garde-robe. Une stabilisation de l’indicateur est ainsi possible en juillet avant une rechute prévisible au mois d’août. Autre catégorie de biens en nette hausse (+3%) : l’équipement du logement, alors même que la conjoncture ne s’est pas encore franchement améliorée sur le marché immobilier. Il n’empêche, il s’agit là d’un secteur qui bénéficie toujours de l’attrait des innovations et, surtout, des baisses de prix dans l’électronique grand public. Cette tendance là est amenée à se poursuivre au cours des prochaines années avec l’intensification des pressions concurrentielles à l’échelle internationale. Difficile, en revanche, d’espérer à court terme que de telles évolutions puissent se réitérer à l’horizon de la fin de l’année : le bon chiffre de juin doit avant tout être interprété comme une correction après plusieurs mois inhabituellement troublés. Pour l’automobile (-0,2%), il est hâtif de parler d’un essoufflement de l’effet prime à la casse. Il s’agit simplement d’une stagnation logique après 6 très bons mois. Il faut également signaler que les statistiques sont difficiles à interpréter en T2 en raison de l’introduction du nouveau système de plaques minéralogiques qui a entraîné des reports d’immatriculations. Un très bon mois de juin donc, mais on peut craindre qu’il ne s’agisse là que d’un dernier baroud d’honneur pour la consommation. De fait, les fondamentaux de l’économie française ne se sont pas subitement améliorés : le moral des ménages reste bas, le chômage continue de progresser et la désinflation actuelle n’est qu’une illusion d’optique qui va s’estomper dès la fin de l’été. Ainsi, on peut craindre un ralentissement marqué des dépenses des ménages au second semestre et, surtout, au début de 2010. De sorte que la reprise que nous escomptons pour l’économie en 2010 ne devrait être que très limitée.
ENQUETE AUPRES DES INDUSTRIELS – JUILLET 2009
La conjoncture continue de s’améliorer dans l’industrie française, mais la situation reste ô combien fragile. De fait, l’indicateur résumé d’opinion des industriels de la branche manufacturière a de nouveau augmenté en juillet pour s’établir à 78 points, contre 76 en juin. Rappelons que, par construction, la moyenne de long terme de cet indicateur se situe à 100 points. En d’autres termes, l’industrie traverse une passe moins catastrophique qu’en début d’année, mais elle n’est pas encore sortie de crise. Dans ces conditions, il est possible d’anticiper une stabilisation, voire de nouvelles hausses de la production, au cours des mois à venir. Mais il convient de qualifier ce redressement chahuté : il s’agira bel et bien là d’un rebond « technique », mais surtout pas d’une reprise qui serait portée par l’embellie générale de l’économie hexagonale et européenne. Premier enseignement de l’enquête : l’activité passée s’est un peu moins dégradée qu’auparavant. Mais à -38 (soit 3 points de plus qu’en juin), cette composante demeure à des années-lumière de sa moyenne de long terme (4 points). Ceci montre bien que toute hausse de la production au cours des prochaines semaines sera une simple correction après la purge passée, mais en aucun cas elle ne sera une illustration de fond d’une quelconque embellie pérenne de la conjoncture française. L’illustration la plus limpide se trouve du côté des stocks. La composante relative à ces derniers a baissé de 5 points en juillet et se retrouve à son plus faible niveau depuis octobre 2004. Le processus de déstockage touche donc logiquement à sa fin : toute variation de la demande, aussi minime soit-elle, se traduira donc mécaniquement par un accroissement de la production. Le hic, c’est que la demande reste désespérément plate. Les carnets de commandes, qu’ils soient étrangers ou domestiques, se sont stabilisés à un niveau proche de leur plancher historique, ce qui est cohérent avec le blocage du commerce international et l’atonie de l’investissement dans un contexte de faible visibilité conjoncturelle. D’un point de vue sectoriel, l’amélioration la plus sensible se trouve dans l’automobile : la production passée a augmenté et les perspectives s’améliorent nettement. Il faut dire que la question des stocks est désormais réglée et que la demande frémit enfin grâce aux différentes primes à la casse sur les marchés européens. En revanche, dans les biens intermédiaires (qui dépendent étroitement de la conjoncture européenne) et les biens d’équipement (qui dépendent beaucoup de l’investissement), il est difficile, voire impossible dans certains cas, de parler d’embellie. Au final, l’enquête de ce jour constitue la preuve s’il en faut que l’économie française ne peut pas se permettre une baisse de régime sensible de sa consommation des ménages. En effet, il est impossible de miser durablement sur l’industrie pour sortir de la récession dans laquelle nous sommes aujourd’hui englués. Dans ces conditions, nous ne pouvons que maintenir notre prévision d’une baisse du PIB autour de 3% cette année, avant une reprise très limitée l’année prochaine, de l’ordre de 0,5%.
Alexander LAW
Chef Economiste Xerfi 13-15, rue de Calais 75009 Paris Tel : 01 53 21 85 51 www.xerfi.fr Mercredi 22 Juillet 2009
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