Croissance française (T1 2009) et moral des ménages (juin 2009)L’heure de la reprise n’a pas encore sonné pour l’économie française. Alors que l’on apprend aujourd’hui que le PIB de la France a bel et bien baissé de 1,2%, l’enquête mensuelle de conjoncture auprès des ménages de juin devrait nous apporter un peu de réconfort.
De fait, l’indicateur résumé d’opinion des ménages s’est amélioré de 3 points pour remonter à son meilleur niveau depuis mars 2008 au moment où la France s’apprêtait à entrer en récession. Pour autant, il n’est pas encore possible d’affirmer qu’un rebond du PIB est imminent. Le solde d’opinion reste trop proche de son plancher historique pour que l’on espère un redémarrage en trombe de la consommation, d’autant que la flambée du chômage devrait se conjuguer à partir de la rentrée avec un retour de l’inflation (aussi modeste soit-elle), ce qui mettra automatiquement à mal le pouvoir d’achat. Dans ces conditions, la meilleure issue possible à cette année 2009 serait une baisse du PIB limitée aux alentours de 3%, ce qui permettrait d’espérer un regain modeste pour 2010. Mais les aléas baissiers dominent toujours dans ce scénario.
La publication détaillée des comptes nationaux de T1 2009 ne nous apprend pas grand-chose de neuf si ce n’est que le quatrième trimestre de 2008 a été révisé en hausse de 0,1 point à -1,4%... Surtout, nous avons la confirmation que le phénomène de déstockage s’est poursuivi à vive allure (ponction de 0,7 point soit 0,1 point de moins que ce qui avait été initialement annoncé). La bonne nouvelle, c’est que cela devra bien finir par s’interrompre un jour, voire commencer à s’inverser dès cette fin d’année. Un mouvement de restockage au moins partiel impulserait alors une reprise qui ne serait hélas que technique. En effet, les entreprises indiquent que désormais les stocks se sont dégarnis et que les perspectives personnelles de production sont moins mauvaises qu’en début d’année… mais que la demande aussi bien domestique qu’étrangère demeure au point mort. Toujours du côté des entreprises, on notera que le taux de marge a augmenté de 0,4 point à 37,5% de la valeur ajoutée en raison d’une pression moindre des salaires réels. Il est vrai que les destructions de postes ont été historiquement élevés au cours de ce premier trimestre, les entreprises ayant réduit rapidement leurs effectifs face à la nécessité de préserver la trésorerie et dans un contexte de chute brutale de la demande et de l’activité. En ce qui concerne les ménages, leurs investissements ont logiquement chuté pour le quatrième trimestre d’affilée sur fond de quasi paralysie du marché immobilier. En revanche, leurs dépenses de consommation ont légèrement accéléré, sans pour autant que cela soit flamboyant (+0,2%). De fait, le pouvoir d’achat a nettement ralenti (de 1% en T4, l’évolution est passée à +0,4%), mais a tout de même progressé en raison de la modération considérable de l’inflation dans l’Hexagone. Autre mouvement notable : la remontée du taux d’épargne financière qui grimpe de 0,4 point à 6,3% du revenu disponible brut. Les ménages, dont la visibilité conjoncturelle est quasi nulle, préfèrent mettre un peu plus d’argent de côté pour parer à d’éventuels coups durs. Cette impression est confirmée par l’enquête de conjoncture auprès des ménages. Certes, toutes les composantes de l’indicateur résumé s’améliorent, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Mais le mouvement est bien modeste en ce qui concerne l’opportunité de faire des achats importants. Surtout, les Français craignent une poursuite de la flambée actuelle du chômage : le solde des réponses à cette question atteint même 96 points. Sachant que, par construction, le maximum que l’on puisse avoir est 100, cela suggère qu’il s’agit d’une des principales préoccupations des ménages et que cela devrait avoir un impact négatif sur leur comportement en magasin, en particulier à la fin de l’été. La bonne nouvelle, c’est que la situation s’empire désormais bien moins rapidement qu’en début d’année. Mais toute affirmation que la reprise est déjà est là est malheureusement bien trop précoce. Alexander LAW Chef Economiste Xerfi 13-15, rue de Calais 75009 Paris Tel : 01 53 21 85 51 Mardi 30 Juin 2009
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