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Croissance française (T2 09) et moral des ménages (sept. 09)


Le tableau qui est peint de l’économie française au deuxième trimestre de 2009 est plutôt flatteur. La hausse du PIB de 0,3% est confirmée, signalant la sortie officielle de la France de la récession dans laquelle elle se trouvait depuis un an.



Alexandre Law
Alexandre Law
Pour autant, la crise reste bien réelle : cette embellie ne peut pas être considérée comme la preuve irréfutable que nous sommes tirés d’affaires pour de bon. Tant que des emplois seront détruits et que l’investissement reculera, la situation économique restera fragile. Et, disons-le franchement, même si le moral des ménages s’est un peu amélioré en septembre, nous continuons de penser que le danger le plus sérieux qui nous guette est celui d’une poursuite de la baisse de la consommation privée jusqu’en fin d’année, tant les fondamentaux sont dégradés.

Bien entendu, on pourra toujours dire que le retour à la croissance en T2 n’est pas qu’un simple phénomène technique parce que les stocks ont de nouveau contribué très négativement à l’évolution du PIB, en y ôtant 0,6 point. Visiblement, les chefs d’entreprise ont attendu d’avoir écoulé tous leurs invendus avant de faire repartir pour de bon leurs unités de production. Mais nous sommes tout de même en droit de nous poser la question sur la signification de la contribution de 0,8 point du commerce extérieur, traditionnel boulet de l’économie française. La lecture qu’on peut en faire est malheureusement trop simple : les exportations se sont redressées en grande partie parce qu’elles s’étaient effondrées au trimestre précédent (+0,7% en T2 après -7,4% en T1 et -6,1% en T4 2008). La baisse des importations, elle, n’est pas bon signe : elle indique que la demande des ménages, mais surtout industrielle est au point mort. Il s’agit donc d’une embellie en trompe l’œil, cohérente avec notre situation de quasi-récession.

Toujours du côté des entreprises, l’investissement a poursuivi sa décrue : tant que la visibilité conjoncturelle sera aussi réduite, il est illusoire d’espérer que les grandes dépenses repartent. Surtout, les marges restent sous très haute tension (30,4% de la VA, soit 0,7 point de moins que la moyenne déjà pas fameuse de 2008) et risquent même de pâtir à l’avenir de la remontée des cours des matières premières.

Du côté des ménages, la consommation (légèrement révisée en baisse) a de nouveau résisté en T2 (+0,2%) : d’ailleurs elle n’aura jamais reculé pendant toute la durée de la récession ce qui relèverait presque de l’exploit. Mais il est une réalité qui est presque passée inaperçue au cours des derniers mois : le pouvoir d’achat a augmenté et même fortement. Au cours du deuxième trimestre 2009, l’indicateur a même bondi de 1,1% sous l’effet conjugué de la timidité extrême de l’inflation (jugée stable sur la période) et de la très nette progression des prestations sociales. En revanche, et c’est logique eu égard à l’évolution défavorable du chômage, la masse salariale versée n’a pas progressé. Le hic c’est que ce surcroît de pouvoir d’achat ne s’est pas retrouvé complètement dans les comportements en magasin. Au contraire, le taux d’épargne financier (c'est-à-dire hors immobilier) a même progressé de 1 point, signifiant que, dans l’incertitude, les Français préfèrent mettre de l’argent de côté pour se constituer une épargne de précaution. Or, ce phénomène est une vraie menace au cours des mois qui viennent. Car l’inflation va repartir à la hausse tandis que les destructions d’emplois vont se poursuivre : en d’autres termes, il n’y a pas lieu de penser que la consommation puisse résister indéfiniment. D’ailleurs, le repli des dépenses en biens manufacturés au cours de l’été constitue en ce sens une sérieuse alerte.

Fort heureusement, le moral des ménages a enrayé sa baisse en septembre après un mois de juillet maussade. Il ne faut toutefois pas surinterpréter cette évolution : en niveau, l’indicateur résumé d’opinion des ménages reste à marée très basse. Le message renvoyé est le suivant : le pire de la crise est peut-être derrière nous, mais la reprise n’est pas encore d’actualité. Dans ces conditions, nous estimons que le recul du PIB tournera autour de 2,5% cette année, avant un timide redressement l’année prochaine (+0,5% seulement).

Alexander LAW
Chef Economiste
Xerfi
13-15, rue de Calais
75009 Paris
Tel : 01 53 21 85 51

Dimanche 27 Septembre 2009
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