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Google à la sauce antitrust


L’enquête a été lancée par les autorités antitrust début septembre dernier en Italie. « Retour de bâton » pour Google qui, après avoir soutenu l’action européenne contre Microsoft, est à son tour la cible de la politique antitrust européenne. Cette politique est devenue un jeu de roulette russe dont les entreprises innovantes, et in fine les consommateurs, font régulièrement les frais.



Valentin Petkantchin
Valentin Petkantchin
Ce n’est pas un hasard. Basée sur une vision statique et irréaliste de la concurrence, elle épingle par définition les entreprises innovantes qui, du fait de leurs efforts d’innovation, réussissent à gagner des parts de marché considérables. Pas de surprise donc à voir le secteur des nouvelles technologies sous le feu des projecteurs antitrust!

Microsoft – après avoir révolutionné avec Windows l’utilisation du PC – n’a-t-elle pas été condamnée à payer de lourdes amendes? Son modèle d’affaire n’est-il pas paralysé au grand bénéfice de ses concurrents, dont Google ?

Intel subit actuellement le même sort, alors que le marché des microprocesseurs a été parmi les plus dynamiques. Le fait que l'indice des prix des microprocesseurs ait baissé selon le US Bureau of Labor Statistics d'environ 35% en moyenne, d'une année sur l'autre, entre 2002 et 2007 (période concernée par la décision de la Commission européenne contre Intel) n’a pas pesé lourd. Pas surprenant que Google – à la pointe de la recherche sur Internet et dont le moteur est plébiscité par une grande majorité d’internautes – soit actuellement attaquée !

À l’instigation de la fédération italienne des éditeurs de journaux (FIEG), l’entreprise américaine est soupçonnée d’avoir abusé en Italie de sa « position dominante » dans le domaine de la recherche sur Internet où près de 90% d’entre elles se feraient via Google. Les éditeurs italiens se plaignent d’être exclus du moteur de recherche Google s’ils décidaient de ne pas faire partie de Google News. Il s’agit du site de compilation d’information de la firme californienne qui redirige pourtant sans frais les internautes vers les contenus mis en ligne pas ces mêmes journaux.

Les faits restent à être établis, Google les niant. Mais admettons que ce soit le cas. Les régulateurs antitrust ne doivent-ils pas en effet intervenir et forcer la main à une entreprise qui « domine » son marché face à des éditeurs qui n’auraient pas le choix ?

Contrairement aux apparences, si Google devait être condamnée, cela pénaliserait paradoxalement la concurrence et les consommateurs sur ce marché.

Premièrement, forcer ainsi la main à un partenaire d’affaire n’a rien à voir avec les principes de libre concurrence, basé sur un respect strict des droits de propriété et des contrats signés de plein gré. En réalité les éditeurs italiens veulent promouvoir leur propre contenu sur Internet et attirer la publicité. À cet égard, ils sont directement en concurrence avec Google. En même temps, ils veulent profiter (gratuitement) des possibilités d’achalandage qu’offre son moteur de recherche. Bref, ils veulent obtenir le beurre et l’argent du beurre! Et s’ils n’arrivent pas à les obtenir sur le marché, cela ne devrait pas être le rôle des pouvoirs publics de les leur offrir.

Deuxièmement en se focalisant sur les parts de marché, la politique antitrust ignore la pression concurrentielle qui s’exerce réellement sur le marché. Si les éditeurs italiens ont des services présentant réellement une valeur ajoutée pour les internautes et que Google refuse de les répertorier, c’est à l’évidence une opportunité pour ses concurrents.

Contrairement à l’image trompeuse que peut donner l’idée de parts de marché – dont les chiffres ne sont pas gravés dans le marbre et évoluent sans cesse! –, il existe une réelle concurrence sur le marché des moteurs de recherche. Près d’une dizaine de moteurs existent actuellement en Italie. Certes, leurs parts de marché sont pour l’instant très loin derrière celles de Google, mais ne seraient-ils pas justement ravis de pouvoir les augmenter, si les éditeurs de journaux adaptaient mieux leur offre et leur faisaient une offre de partenariat intéressante ?

Cette concurrence aurait d’ailleurs été encore plus intense, si cette même politique antitrust n’avait pas artificiellement handicapé pendant des années l’un des acteurs majeurs du marché, Microsoft. Le nouveau moteur de recherche Bing – dont le volume de recherches effectuées par son intermédiaire aurait augmenté de 7% entre juillet et août dernier aux États-Unis – et le rapprochement avec Yahoo auraient sans doute pu voir le jour plus tôt. Le partenariat entre les deux entreprises attend d’ailleurs toujours le feu vert des autorités antitrust, ce qui constitue une incertitude supplémentaire pour son éventuelle réussite !

Cependant handicaper Google – après l’avoir fait pour Microsoft – n’est en faveur ni de la concurrence, ni des internautes. Car à l’évidence, si les autorités antitrust condamnaient Google à offrir gratuitement son moteur de recherche, cela dispenserait les éditeurs – et d’autres professionnels qui seraient à l’avenir dans le même cas! – de se remettre en cause et d’innover afin de mieux satisfaire les consommateurs. Cela signifiera aussi automatiquement autant d’opportunités d’affaires manquées que les concurrents de Google auraient pu se voir offrir en absence de l’intervention des pouvoirs publics.

Au lieu de favoriser la concurrence, la politique antitrust risque une fois de plus de l’étouffer et de consacrer de facto la domination de Google !

Valentin Petkantchin
Institut économique Molinari

www.institutmolinari.org
valentin@institutmolinari.org

Lundi 2 Novembre 2009
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