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Le risque individuel a changé mais pas les méthodes d’analyse


La crise de 2007-2009 initiée par les défauts sur les prêts immobiliers subprime a masqué le fort besoin de stabilité sociale que représente le logement et l’inadaptation croissante du cadre socio-économique à cette aspiration.



Cyril Demaria
Cyril Demaria
L’emploi à vie et le plein emploi sont des mythes économiques occidentaux. Ce double accident de l’histoire économique continue néanmoins à structurer les cadres sociaux et culturels. L’Office Fédéral de la Statistique dans son Enquête Suisse de la Population Active relevait pourtant que les salariés suisses ne représentaient que 39,1% de la population active en 2009. Qui plus est, seuls 52,2% d’entre eux travaillaient depuis plus de cinq ans chez leur employeur, mettant un terme au discours de la fidélité réciproque des employés et employeurs. Le cadre classique d’analyse de la société ne concerne donc plus la majorité de la population: les situations individuelles sont de plus en plus variées et ont tendance à évoluer rapidement.

Parallèlement, l’aspiration au logement est d’autant plus forte qu’elle est un des principaux éléments de stabilité individuelle et sociale. Le défi des banques commerciales est d’adapter leurs prêts immobiliers aux changements. En effet, quand bien même le contrat à durée indéterminée concernerait 90% de la population salariée, il ne représente qu’une minorité des sources de revenus de la population. Les prêts immobiliers se réfèrent pourtant à ce type de flux pour les calculs de taux et d’échéances. De la même manière, l’existence et la mobilisation des deuxième et troisième piliers sont intimement liés à un emploi salarié stable qui permet de planifier et d’épargner. La responsabilité des banques est d’offrir de nouvelles solutions, telles que le crédit-bail immobilier individuel, ou encore une plus grande variabilité dans les modalités des prêts. Les rapprochements entre banques et assurances auraient dû permettre la mise au point de formules innovantes associant épargne, assurance et liquidité. Les biens immobiliers sont aisément valorisés sur un marché suisse en pénurie permanente de logements. A ce jour, de tels produits sont rares et chers. Ce facteur de stabilité sociale ne devrait pas laisser indifférente la Confédération lorsqu’il est question de lutter contre les inégalités et d’offrir un filet de protection sociale à l’ensemble de la population. Le fait que la population dotée d’un degré tertiaire ait atteint 33,5% (contre 23,1% il y a dix ans) démontre que la précarité n’est pas synonyme de déclassement.

La population est mobile à la fois géographiquement (la Suisse comptant 21,3% d’étrangers) et socialement. Les futures évolutions liées aux changements technologiques (communication, transports et santé) et sociaux (taux de divorces, baisse de la natalité, changements dans les rapports intergénérationnels) seront considérables. Il est temps que les cadres d’analyse le prennent en compte.

Cyril Demaria
Passionné par la finance et l’innovation technologique, Cyril a développé une philosophie « hands on », comme analyste dans un fonds de capital-risque transatlantique à San Francisco et à Paris, puis grâce à ses expériences opérationnelles et en tant que fondateur de
Corporate Development Consulting , un cabinet de conseil en private equity. Il a contribué au développement de plusieurs jeunes pousses (Internet, télécommunications et logiciel). Cyril fut portfolio manager au sein du fonds de fonds d'un groupe d'assurance français, et est actuellement associate dans un fonds de fonds basé à Zürich.

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon, d’Etudes Approfondies (DEA) en Géopolitique, d’Etudes Supérieures Spécialisées (DESS) en Droit Européen des Affaires, et d’HEC (spécialisation Entrepreneurs). Cyril est l'auteur de
Développement durable et finance (Maxima, 2004), le premier livre en français analysant le processus d'investissement selon des critères de développement durable. Il est aussi l'auteur de Introduction au private equity (Banque Editeur, 2006), et de "Profession business angel" (Banque Editeur, 2008).
 
Cyril Demaria
+41.79.813.86.49

Sunday, March 28th 2010
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