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PIB T1 : une accélération en trompe l'oeilAnalyse des comptes nationaux trimestriels du 1er trimestre 2011.
C’est de toute évidence un excellent chiffre. Le PIB de la France s’est inscrit en hausse de 1% au premier trimestre 2011, après +0,3% en T4 2010, ce qui constitue la meilleure performance depuis la mi-2006. Dans ces conditions, l’acquis de croissance (c'est-à-dire la variation du PIB qui se produirait si la croissance était nulle au cours des trois prochains trimestres) s’élève d’ores et déjà à 1,6%, ce qui constitue en soi un motif de satisfaction. Mais il faut être très clair à ce sujet : la publication de ce jour peine à masquer les vulnérabilités de l’économie française et un freinage est à prévoir dès le deuxième trimestre. De fait, les menaces sont légion : les matières premières et le taux de change de l’euro font du yo-yo mais sont à des niveaux dangereusement élevés, l’inflation se tend, la conjoncture internationale se détériore et les incertitudes géopolitiques ne se dissipent décidément pas. Dans ces conditions, nous devons rester prudents quant à l’interprétation à donner à ces chiffres : ils sont certes bons, très bons même, mais la suite de l’année ne sera pas du même acabit.
La consommation est en danger On s’y attendait : la consommation des ménages a accéléré au premier trimestre (+0,6 après +0,4%), mais à vrai dire on aurait pu prétendre à mieux. En effet, les dépenses ont été soutenues par des phénomènes ponctuels (effet retardé de la prime à la casse automobile, basculement à la télévision numérique qui a dopé les ventes de téléviseurs et de décodeurs) dont les effets s’estompent naturellement. Autant dire qu’une baisse est possible dès le deuxième trimestre, d’autant que la remontée de l’inflation grignote peu à peu un pouvoir d’achat qui a stagné en début d’année et qui pourrait reculer à l’horizon du second semestre. Il convient d’ailleurs de noter que l’investissement des ménages a diminué (-0,3%) ce qui tendrait à accréditer la thèse d’un coup de froid sur le marché immobilier. Bref, les consommateurs français, qui pendant de longues années ont soutenu la croissance à bout de bras, donnent aujourd’hui des signes clairs de fatigue. La normalisation de la production et les stocks donnent du lustre à la croissance Les chiffres du premier trimestre marquent très clairement une correction après une fin d’année dernière perturbée par des mouvements sociaux et des conditions climatiques défavorables. C’est ainsi que la production manufacturière a connu sa plus forte hausse depuis trente ans sur fond de rebond de la production de produits raffinés. Soulignons également le rôle prépondérant joué par les stocks dans cette hausse flatteuse du PIB : à eux seuls ils ont apporté 0,7 point à la croissance de T1. C’est logique eu égard à la flambée des cours des matières premières (qui explique en partie la nette remontée des importations) qui encourage les entreprises à stocker, même si cela pèse inéluctablement sur leur trésorerie. En revanche, leurs efforts d’investissement ne se démentent pas, avec une progression de 1,9% en T1 : il s’agit là d’une nécessaire modernisation de l’outil productif après des années de disette, mais pas forcément d’une extension des capacités de production. Bilan : une performance encourageante, mais qui ne sera pas réitérée Au total, les chiffres de ce jour revêtent un caractère quelque peu artificiel entre le soutien provisoire à la consommation, la correction après un T4 perturbé et une variation des stocks qui représente tout de même 70% de la croissance. Ce n’est pas rien. Dès le deuxième trimestre l’activité sera perturbée par les effets conjugués des hauts niveaux de l’euro et des matières premières et par la remontée inlassable d’une inflation qui progresse plus rapidement que les revenus du travail. Cela explique pourquoi la fourchette haute de notre prévision de hausse du PIB pour l’ensemble de 2011 ne dépasse pas 1,7%. Alexander LAW Chef Economiste Xerfi 13-15, rue de Calais 75009 Paris Tel : 01 53 21 85 51 Tuesday, May 17th 2011
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