Prix à la consommation - février 2010


Petit à petit, l’inflation regagne du terrain en France. Ainsi, en février les prix à la consommation ont grimpé de 0,6% (+0,4% en données corrigées des variations saisonnières), et sont désormais supérieurs de 1,3% à leur niveau de l’année passée à pareille époque.



Alexander Law
Alexander Law
Bien entendu, il ne s’agit pas là de niveaux mirobolants, mais cette évolution doit être considérée à sa juste valeur : en cette période où le chômage augmente et où les revalorisations salariales sont réduites à leur plus simple expression, toute hausse des prix retire immédiatement du pouvoir d’achat aux ménages. D’ailleurs, si la consommation a résisté l’année dernière, c’est parce que l’inflation était nulle ou presque, ce qui a donné des marges de manœuvre aux consommateurs. Cette année, la donne est tout autre et nous estimons même que le pouvoir d’achat pourrait reculer en moyenne annuelle. En d’autres termes, la consommation des ménages est en grand danger, ce qui amenuisera automatiquement la croissance du PIB espérée pour cette année.

Bien entendu, l’évolution la plus spectaculaire en glissement annuel concerne les produits pétroliers qui sont en hausse de 11,3% en raison d’effets de base qui jouent défavorablement pour les automobilistes. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que le carburant fait partie de ces dépenses régulières et souvent incontournables : toute hausse des tarifs est donc immédiatement perçue et contribue à un sentiment de perte de pouvoir d’achat. Or, c’est bien la perception qui compte en matière de consommation : se sentant appauvris, les ménages limitent les dépenses dans d’autres segments. Peu importe finalement que les prix baissent de près de 8% dans l’informatique sachant qu’il s’agit là d’achats beaucoup plus occasionnels…

Ainsi, peu à peu, le chiffre de l’inflation va rattraper la composante sous-jacente (c'est-à-dire l’inflation qui ne tient pas compte des éléments volatils et des tarifs administrés). A 1,9% en glissement annuel, cette dernière est plutôt stable et indique que les caractéristiques intrinsèques de l’économie française ne sont pas inflationnistes. Au fond, le danger numéro 1 n’est pas un éventuel dérapage inflationniste, quand bien même l’évolution actuelle soit mal vécue par les ménages. Au contraire, eu égard à l’environnement déprimé, aux excès toujours importants de capacité de production et au piteux état du marché du travail, le danger serait de retourner en tendance vers une inflation zéro, ou pire négative. Car, autant nous savons comment lutter contre l’inflation autant le combat contre la déflation est presque perdu d’avance, ce que démontre cruellement l’exemple japonais.

Au final, la publication de ce jour confirme que la consommation des ménages risque d’être encore souffreteuse en cette fin de premier trimestre, tant les tensions sur le pouvoir d’achat sont vives. Soyons clairs, toute hausse de l’inflation en période d’austérité salariale est une mauvaise nouvelle car elle constitue un frein massif aux dépenses des ménages. Il ne faudrait toutefois pas sombrer dans l’excès inverse en souhaitant une baisse des prix. Car la déflation est un mal insidieux qui ronge les fondements mêmes d’une économie en sapant d’abord les prix, puis les profits et enfin les salaires. Bref, la situation actuelle est loin d’être facile ce qui explique que notre prévision de PIB reste inférieure à 1% cette année. Difficile en effet de distinguer les moteurs qui pourraient donner un peu plus d’élan à notre croissance.

Alexander LAW
Chef Economiste
Xerfi
13-15, rue de Calais
75009 Paris
Tel : 01 53 21 85 51

Mercredi 17 Mars 2010
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