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Slovaquie : la porte de l'euro est grand ouverte

L’année prochaine, la Slovaquie deviendra très probablement le 16e membre de la zone euro, ce qui couronnera un parcours brillant auquel personne n’aurait cru il y a encore peu.


Slovaquie : la porte de l'euro est grand ouverte
Au milieu des années quatre-vingt-dix, on doutait encore que la Slovaquie puisse entrer dans l’UE. D’ailleurs, elle avait dû repousser son adhésion à l’OTAN. Or, en 2009, elle sera le deuxième pays d’Europe de l’Est à adopter l’euro, dépassant ainsi des concurrents de plus longue date. Elle semble avoir surmonté l’essentiel de ses problèmes politiques et son succès encourage les autres pays candidats. Quelques questions demeurent néanmoins quant à sa capacité à participer à l’euro.

Les critères officiels ne posent pas problème…

Finalement, la Slovaquie a pu remplir sans problème les critères nominaux, à savoir les critères de convergence de Maastricht, alors que certains des premiers candidats n’avaient pu introduire l’euro en 1999 qu’après un allègement des règles concernant les finances publiques. La Commission européenne et la Banque centrale européenne (BCE) ont ainsi récemment fait savoir qu’elles recommandaient une introduction de l’euro en 2009 en Slovaquie. Le déficit budgétaire slovaque est inférieur de 0,8 point de pourcentage, la dette publique de 30,6 points, le taux d’intérêt à long terme de 2,1 points et l’inflation de 1 point par rapport aux plafonds requis.

… mais quelques questions demeurent

Le tableau n’est toutefois pas aussi rose que les critères officiels ne le laisseraient supposer. On peut se demander pourquoi, avec un taux de croissance du PIB de près de 5% par an en moyenne ces 10 dernières années (et de 10,4% en 2007), la Slovaquie n’a pas assaini davantage son budget. De plus, depuis novembre 2005, la Slovaquie fait partie du mécanisme de change, mais sur cette période, la couronne slovaque s’est appréciée d’environ 19%. Son cours pivot a même dû être réévalué. Bien qu’elle ne constitue pas officiellement un obstacle, cette évolution conduit à se demander s’il serait vraiment souhaitable de fixer le taux de change définitif si tôt pour un pays en pleine mutation tel que la Slovaquie.

La BCE nourrit des craintes d’inflation

En vue de cette décision, on a aussi beaucoup discuté pour savoir si le critère d’inflation serait durablement respecté. Or, la BCE continue de se montrer sceptique et fait preuve de prudence concernant l’évolution des prix dans les derniers pays membres de la zone euro, à savoir la Slovénie (6,6% en données annualisées en mars 2008), Malte (4,3%) et Chypre (4,4%). Cependant, malgré une poussée de l’inflation, la Commission européenne table sur un taux inférieur au critère en Slovaquie pour 2008 et 2009, si bien que le pays devrait aussi donner satisfaction sur ce plan.

Du statut d'enfant terrible à celui de premier de la classe

La décision définitive n’est pas encore prise, puisqu’elle appartient aux ministres des Finances de l’UE, qui se réuniront en juillet, mais étant donné que ces derniers ont toujours suivi les recommandations de la Commission et de la BCE jusqu’ici, la Slovaquie est de facto certaine de devenir le 16e membre de la zone euro. Quelle réussite pour un pays qui était menacé de basculer dans un régime autoritaire à l’époque de Vladimír Meciar et qui n’a entrepris des réformes structurelles en profondeur que tardivement, mais avec d’autant plus de zèle.

La population redoute les hausses de prix

Si les élites politiques sont ravies, un large pan de la population demeure circonspect et redoute de voir l’introduction de l’euro propulser les prix à la hausse, comme cela s’est produit en Allemagne (ce que les statistiques n’ont pas prouvé). Etant donné qu’indépendamment de l’euro, on peut prévoir une augmentation de l’inflation, en raison du renchérissement de l’alimentation et de l’énergie ainsi que de fortes majorations de salaires, les sceptiques pourraient estimer qu’ils ont eu raison et le doute risque de s’accentuer dans les autres pays candidats.

Un signal aux autres candidats

Cependant, le signal envoyé aux économies qui restent dans la file d’attente (Etats baltes, Pologne, République tchèque, Bulgarie, Roumanie, Hongrie) est globalement positif. Avant l’introduction de l’euro en Slovénie, certains craignaient que l’accès à la monnaie unique soit peut-être refusé à l’ensemble de l’Europe de l’Est. Avec la Slovaquie, ce n’est pas seulement le deuxième ancien membre du bloc de l’Est qui entrera bientôt dans la zone euro. En effet, avec un PIB par habitant représentant seulement les deux tiers de la moyenne de l’UE, la Slovaquie sera aussi pour le moment le pays le plus pauvre de l’Euroland. La situation des candidats est naturellement évaluée au cas par cas. Toutefois, l’entrée de la Slovaquie prouve que «l’Euroclub» est ouvert à tout pays qui respecte durablement les critères nominaux.

Et c’est précisément là que le bât blesse chez les autres candidats, qui devront attendre encore plusieurs années avant de passer à l’euro (voir graphique). Nous ne tablons pas sur une entrée dans l’union monétaire avant 2013 pour les grands pays tels que la République tchèque, la Pologne et la Hongrie. La dernière vague en date (la Slovénie en 2007 et Malte et Chypre en 2008) prendra donc provisoirement fin avec la Slovaquie en 2009. Mais l'exemple slovaque donne l'espoir à d'autres pays de pouvoir entrer un jour dans l'union monétaire, même si ce n’est pas pour tout de suite.

L’euro comme projet politique

Cet espoir n’obéit pas qu’à des motifs économiques. Pour les pays d’Europe de l’Est, l’euro signifie, sur le plan politique, être accueilli définitivement et sur un pied d’égalité au sein de l’UE. Et c’est précisément parce que l’union monétaire est aussi un projet politique qu’il est d’autant plus important d’en faire un succès économique. A long terme, seuls les pays de la zone euro qui seront économiquement flexibles pourront prospérer avec un taux de change commun et le taux d’intérêt nominal. L’entrée dans la zone euro ne doit pas être considérée comme une fin, mais comme une motivation supplémentaire pour renforcer la compétitivité de l’Europe.

Par Dennis Brandes - Economic Research
www.credit-suisse.ch



Jeudi 29 Mai 2008




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